Où c’est pas toujours drôle à l’hosto…

Apr 28

À soir, j’ai emmené Julie se promener en chaise roulante dans l’hôpital pis là, dans notre département, y avait un gros branle-bas de combat. Quand on est revenu de notre ballade, y avait deux personnes dans la quarantaine qui attendaient dans le couloir pis là, y a un docteur qui leur expliquait que ça s’était passé tellement vite que personne avait eu le temps de les contacter pis qu’à 24 semaines, c’est pas supposé de sortir un bébé faque ça sort dans le temps de le dire.

Je sais pas si vous le savez mais 24 semaines, c’est vraiment pas gros. Quand Lucie est née, elle avait 20 semaines pis ses poumons étaient même pas aptes à respirer. C’est pour ça que quand elle est venue au monde, les docteurs nous avaient averti que ça s’arrêterait immédiatement là pour elle.

Faque là, quand on a entendu le docteur dire ça aux personnes dans le couloir, Julie pis moi on est retournés dans la chambre pis là, je me suis comme mis à feeler mal. Ça m’a vraiment rappelé des affaires pas trippantes. Surtout que rendu là, le père était rendu dans le couloir pis il pleurait de toutes ses larmes pis même si je sais qu’on a toute une histoire différente, je me doutais quand même pas mal de comment il se sentait.

Tsé, je veux pas tomber dans le cliché mais tous les gars qui ont déjà eu un enfant le savent très bien, dans une histoire de grossesse, tant que le bébé est pas au monde, aux yeux du personnel médical, tu as pas mal un rôle de figurant pis dans le meilleur des cas, un cinquième rôle parlant.

C’est pas mal le même principe quand tu perds ton enfant. Tout le monde encadre la mère pis toi, t’es supposé être fort pis t’en sortir tout seul. T’es le gars faque t’es fait tough.

Grosse câlisse de marde.

Quand Lucie est née pis qu’elle nous a quitté en même temps, j’vas toujours me rappeler de la fois qu’une infirmière était venue remonter Julie dans sa chambre. Moi je tenais sa main pis quand l’infirmière est arrivée, elle a comme pris ma place pis là elle a fini par dire à Julie: “J’vas te raconter une histoire mais ça va rester entre toi et moi ok?”

Là, j’ai toussé légèrement comme pour rappeler à tout le monde que j’étais dans la chambre pis c’est là que j’ai compris que je comptais pus.

Après-midi, quand j’ai vu le père pleurer dans le couloir, c’est une partie de moi que j’ai vu. Comme si c’était une image d’un passé pas si loin que ça qui était devant mes yeux.

Quand chus retourné dans la chambre, Julie se frottait la bédaine pis elle riait parce qu’elle sentait Charles bouger. Elle a dit : “C’est vraiment des champions les enfants qui naissent sur cette étage-là.”

Dehors, il faisait un temps de cul mais au deuxième étage du CHUL, tout le monde s’en câlissait…

6 comments

  1. Ginette Boily /

    Tu n’es pas seul. Charles est déjà en train d’épauler son papa.Tu es très touchant. Merci pour cette générosité qui permet à la tendresse masculine et paternelle de se faire valoir. Cela manque au genre humain. Même si on ne se connaît pas beaucoup, tu as toute ma compassion et ma gratitude, mon frère.

  2. Sébastien Harvey /

    Ouaip… Je pense à vous deux, ça change rien à rien mais là tu le sais.

    Let’s go

  3. Marilyne /

    Tsé, quand tu parles des billets qu’on lit et qu’on n’ose pas se permettre un commentaire … je pense que tu as un parfait exemple.
    Bn, j’ai failli effacer le mien parce que c’est absurde laisser un commentaire qui dit que j’ai pas rapport d’en laisser un, mais je sais que tu vas comprendre!

  4. LL Cool Virg /

    C’est beau ce que tu dis, Joël…

  5. Hervé Leclerc /

    Moi, je lis toujours MARTEL.

  6. Catcodie /

    Je lis chacun de tes billets religieusement. Celui-ci est spécial. Merci Joël de nous partager ça. C’est à la fois touchant, triste, beau et dérangeant. Je n’ose imaginer la douleur que Julie et toi, ou que ce couple a vécu. C’est vrai que souvent le père est oublié…
    Pourtant c’est un être humain qui a mal comme tout le monde!!

Leave a Reply